Alaska – Navigation

Il y a maintenant une semaine, j’ai vécu 2 jours qui furent de loin les plus éprouvants de ma vie en terme de navigation. Voici pourquoi :

Afin d’économiser environ 60 miles nautiques (soit l’équivalent de 2 jours de navigation), nous avons décidé de passer par l’ouest de l’île de Baranof. L’ouest de cette île, contrairement à toutes mes navigations passées, est ouvert sur la mer. En fait, plus qu’ouverte, on est littéralement dans l’océan! J’étais fébrile à l’idée de faire ma première navigation en haute mer. Un mélange de hâte et d’appréhension m’envahissait le matin avant le départ. Nous partons donc de ‘’Hot Spings Bay’’ pour aller vers ‘’Redfish Bay’’. Nous levons l’ancre comme à l’accoutumée sans problèmes, si ce n’est que le soleil n’est pas de la partie. Par la suite, cap vers la sortie de la baie. Nous naviguons tranquillement (à 5 nœuds) dans de petites embouchures de quelques dizaines de mètres de large. Des pygargues à têtes blanches nous surplombent, nous avons même la chance de voir  des loutres voguer à nos côtés. Elles sont là, sur le dos, à nous regarder et nous avons l’impression qu’elles nous saluent. Elles sont en fait en train de se nettoyer le pelage avec leur salive (ceci leur permet d’avoir une fourrure hydrophobe (qui empêche l’eau d’y adhérer)) ce qui leur confère une protection contre la froideur de l’eau. Bref, tout semblait être présent pour une navigation calme et sereine. C’est à ce moment que Chloé me dit : ‘’ j’ai hâte que tu puisses vivre une navigation en mer’’. Sur le coup, je ne comprends pas trop pourquoi elle me fait ce commentaire. Cependant, aussitôt sortis de la Bay, des ‘’petites vagues ‘’ de 2-3 pieds sont présentes. Je crois naïvement que ‘’ ce n’est pas si pire que ça’’, la navigation en mer.

Après environ 2 heures de navigation, le vent se fait sentir tout comme la houle du large. Ce n’est plus des petites vagues de 2-3 pieds, mais bien des vagues de 2 à 3 mètres qui bousculent Balthazar de tout bord, tout côté!  Le mal de mer commence à se faire sentir. Je regarde l’heure et réalise qu’il reste encore plus de 3 heures avant d’arriver jusqu’au prochain ‘’waypoint’’. Le temps semble interminable… Après ce que je croyais être une bonne heure, je regarde le temps avant le prochain ‘’waypoint’’ pour réaliser qu’il reste maintenant 3h30. Le courant était maintenant contre nous. Rien à faire, Balthazar faisait de son mieux, mais nous perdions près de 2 nœuds à naviguer contre le courant!  Puis soudain, sans trop comprendre ce qui se passe, le courant change de direction et nous permet d’avoir 2 nœuds avec nous. Ce qui diminue considérablement le temps de navigation de 3h30 à 2h15.

Arrivé au mouillage cette journée-là, j’étais entièrement épuisé. Nous nous sommes couchés à 7h30!


Le lendemain, un scénario identique!! Des vagues de 2-3 mètres, de la houle, du courant contre, du courant pour, j’avais l’impression d’être une paire de bas dans une machine à laver!

Le mal de mer est un mal-être hallucinant. Un vicieux mélange de fatigue, de perte d’orientation et de repère, l’impression de ne plus servir à rien et de ne plus être apte à faire quoi que ce soit. Le moindre mouvement devient pénible, le temps ralenti d’un facteur 1000, tout devient difficile. Littéralement la conviction d’être une loque humaine.

La navigation nous fait vivre des moments exécrables, où on doit être deux afin de pouvoir tenir la barre contre vents et raz de marée. Malgré tout, l’expérience en vaut plus de 1000 fois la chandelle. C’est un grand bonheur d’être entouré d’une nature sauvage, de voir des chevreuils, des ours, des épaulards, des baleines, des pygargues, etc., de pouvoir regarder les étoiles la nuit et d’avoir l’impression d’être seul au monde! C’est vraiment extraordinaire d’être dans un mouillage et ne voir personne d’autre que Balthazar à l’horizon. Tout ceci permet de se foutre littéralement du mal-être qu’est le mal de mer pour finalement se dire que cela ne fait que partie de l’expérience. Toutefois, dans ce temps-là, j’espère que demain la mer sera plus gentille avec nous. Car cela m’a fait réaliser que nous n’avons aucun contrôle sur les éléments et que ceux-ci peuvent nous servir autant que nous nuire.baleineamb01 loutreamb01 slugamb01 amb01

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